Pratique

Une enzyme de champignon pourrait relancer la bioraffinerie

Un champignon Pycnoporus coccineus. Crédits photo : Σ64, 11 octobre 2014, Wikimedia Commons
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Depuis plusieurs années, les technologies de biomasse montent en puissance. Mais elles reposent en grande partie sur divers systèmes de bioraffinerie. Or des scientifiques ont découvert une enzyme de champignon pouvant améliorer les rendements. Cette découverte pourrait relancer l’ensemble auprès du grand public et des investisseurs.

Une enzyme prometteuse

Chaque jour semble apporter son lot de découvertes. Celles-ci concernent tous les domaines et peuvent avoir des applications diverses et variées. Récemment, ce sont des chercheurs français du CNRS et de l’INRA qui ont mis au jour une toute nouvelle famille enzymatique. Il s’agit d’enzymes produites par un champignon s’attaquant au bois. Elles accélèrent la dégradation du xylane, comme en fait état une étude publiée le 29 janvier dernier dans Nature Chemical Biology. Leur producteur n’est autre que la souche de champignons Pycnoporus prélevée en Guyane de 2007 à 2010. Le plus efficace s’est avéré être le champignon Pycnoporus coccineus. Son génome a été étudié en long et en large. On remarquera qu’il ne s’agit pas du plus appétissant des champignons :

C’est une joie pour l’unité mixte de recherche marseillaise portant le nom « Biodiversité et biotechnologie fongiques ». Sa trouvaille semble ouvrir un bel avenir à la biomasse de type lignocellulosique. Elle est le fruit d’environ trois décennies consacrées aux champignons filamenteux de la collection CIRM-CF de l’université d’Aix-Marseille. Le procédé finalement mis au point peut vaguement faire penser au recyclage du plastique à l’aide de larves.

Plusieurs applications en bioraffinerie

La biomasse renvoie généralement à la notion de lignocellulose. De fait, il s’agit de parois cellulaires végétales employées par l’industrie du biocarburant et de la chimie écoresponsable. Ce matériau peu coûteux est effectivement présent en abondance dans tous les déchets verts. Mais son extraction est relativement difficile, à cause de sa résistance à la dégradation enzymatique. C’est ici le principal frein au développement des biocarburants, car cela induit un coût de production trop important.

Avec l’enzyme nouvellement identifiée en collaboration avec l’université d’York et l’INRA de Nantes, de nouvelles perspectives se présentent. Des essais sur les bois de pin et de peuplier se sont révélés prometteurs. En effet, par rapport aux procédés en vigueur jusque-là, les scientifiques ont constaté un doublement de l’efficacité. Deux brevets ont logiquement été déposés.

Un centre industriel dédié à la biomasse en Allemagne. Crédits photo : Brunswick2000, 11 août 2011, Wikimedia Commons

Dans le champ scientifique, la connaissance des enzymes de type LPMO s’étend, puisque ce groupe est désormais grossi d’une quatrième famille. Et qui sait si on n’en trouvera pas d’autres encore à l’avenir ? Quoi qu’il en soit, en novembre 2018, un colloque à Marseille rassemblera les différents experts de la question.

Philippe
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