Une exposition parisienne explique les mécanismes cachés derrière les tours de magie
Le magicien Rémi Berthier participe à l’exposition « Magie », où perception, illusion et innovations scientifiques sont étudiés jusqu’au 18 juillet 2027.
En bref
- L’exposition « Magie » se tient à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris.
- Elle est conçue avec des compagnies de magie et le Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon.
- Pierre Curie, Christian Delécluse et Olivier Merlet y illustrent la frontière poreuse entre savoir et croyance.
Pour qu’un tour nous étonne, encore faut-il connaître les limites de ce que la science permet. Telle est la position du magicien, mentaliste et fakir Rémi Berthier, qui contribue à l’exposition « Magie » accueillie jusqu’au 18 juillet 2027 par la Cité des sciences et de l’industrie, dans la capitale. « Elle n’existerait probablement pas, parce qu’on a besoin de savoir ce qui est possible grâce à la science pour être surpris », juge-t-il, à propos de la magie, en s’adressant à l’AFP, d’après Sciences et Avenir.
Une exposition qui ne dévoile aucun truc
Le choix est clair : l’exposition ne dévoile aucun « truc » de magicien. Elle invite en revanche le visiteur à explorer la manière dont les sciences et les techniques ont marqué la magie d’aujourd’hui. D’après ses concepteurs, chaque tour repose sur des mécanismes cognitifs et sur des biais de perception qui restent cachés.
Afin de montrer tout cela, la Cité des sciences a sollicité des compagnies de magie ainsi que des spécialistes des sciences cognitives, avec le concours du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL). Rémi Berthier, qui a fondé la compagnie Stupefy !, évoque un petit milieu qui s’empare très vite de chaque technologie naissante et tente de la détourner pour renouveler ses expériences.
Quand la science côtoyait le surnaturel
Ces liens ne datent pas d’hier. Pierre Curie s’est intéressé à Eusapia Palladino, médium napolitaine dont les séances mêlaient lévitation et spiritisme. Il en consigna beaucoup, avec parfois son épouse Marie, Henri Bergson ou Paul Langevin parmi les présents.
Un cartel situe ces séances dans leur contexte historique : au passage du XXe siècle, entre cinématographe, radium et rayons X, sciences, pseudo-sciences et croyances se sont affrontées. La limite entre ce que l’on sait et ce que l’on croit s’y révèle perméable.
Les ressorts d’un tour
Le dossier distingue ce qui fait fonctionner une illusion :
- il faut réunir trois éléments, à savoir un illusionniste, un illusionné, ainsi que l’accord tacite qui les relie ;
- le mentalisme, branche dédiée à la reproduction de pouvoirs parapsychologiques comme la lecture de pensée ou la prédiction, mobilise mathématiques, biais cognitifs et perception rétinienne ;
- à ces instruments s’ajoutent des justifications pseudo-scientifiques, que le spectateur admet volontiers car elles lui offrent une explication concrète de ce qu’il vient d’observer.
Selon le magicien et mentaliste Maxime Schucht, le mentalisme « va principalement s’axer sur des choses enfermées à l’intérieur de notre cerveau ». L’article résume ce pacte ainsi : le public a conscience de l’impossibilité, mais prend plaisir à y croire.
Quand l’ingénierie fabrique l’illusion
Plusieurs créations s’appuient sur des compétences d’ingénieur. Christian Delécluse, passé par la formation d’ingénieur des Ponts et Chaussées, présente « Les Larmes de Pollux », qui donne l’illusion de gouttes d’eau suspendues. Il raconte avoir changé de voie, car il regrettait que les cursus scientifiques français accordent si peu d’espace à la créativité.
Olivier Merlet, à la fois ingénieur et artiste, a codéveloppé un système grâce auquel un ballon flotte et se déplace dans toutes les directions de l’espace. « Le rôle du scientifique, c’est d’expliquer le vivant », affirme-t-il, puis il précise que plus le scientifique progresse, plus il bute sur ce qui demeure sans explication.
Préparer la visite
Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels



