Aucun plan de décarbonation de l’aviation ne respecte toutes les limites planétaires

Des chercheurs de l’INRAE, de l’ENAC, d’ISAE-SUPAERO et de l’ADEME ont testé les plans de décarbonation de l’aviation à l’horizon 2050 : aucun ne passe.

Aïssatou Ndiaye Par Aïssatou Ndiaye
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Aucun plan de décarbonation de l’aviation ne respecte toutes les limites planétaires
Un avion de ligne s’élève au-dessus de la piste, train sorti, derrière une rangée de structures de balisage orange.

En bref

  • Les plans de transition de l’aviation civile ont été testés pour la première fois contre toutes les limites planétaires.
  • Les budgets liés au climat et à la biosphère sont dépassés dans tous les scénarios.
  • Les auteurs préconisent d’ajouter une gestion de la demande aux mesures technologiques.

Des chercheurs de l’INRAE, de l’ENAC, d’ISAE-SUPAERO et de l’ADEME concluent, dans une étude publiée dans Nature Communications, qu’aucune feuille de route de décarbonation de l’aviation civile ne respecte simultanément toutes les limites planétaires d’ici 2050.

Des plans jugés jusqu’ici sur un seul critère

Plusieurs organisations ont dessiné des trajectoires vers la neutralité carbone du secteur aérien, en actionnant des leviers comme les carburants alternatifs et des avions plus efficients. Ces stratégies bénéficient notamment du soutien de l’OACI, de l’Air Transport Action Group (ATAG) et de la Commission européenne. Elles sont en général évaluées sur un seul critère : les émissions de gaz à effet de serre.

C’est précisément ce angle étroit que l’étude, relayée par Tech Xplore, entend élargir. Il s’agit d’une première pour ce type d’analyse.

Une méthode fondée sur des budgets environnementaux

L’équipe réunit des spécialistes de la bioéconomie, de l’environnement et de l’aéronautique. Elle a chiffré les impacts environnementaux et les besoins en ressources de chaque feuille de route jusqu’en 2050, tout en testant plusieurs scénarios d’évolution du trafic aérien. L’article scientifique, signé de Bastien Païs et ses coauteurs, s’intitule « Current aviation roadmaps are not within planetary boundaries ».

Un agent en gilet jaune ouvre une bouche de ravitaillement près d’un camion avitailleur Shell sur l’aire d’un aéroport, à côté d’un moteur d’avion.
Un agent prépare un avitaillement en carburant sur l’aire de stationnement d’un aéroport, avec un camion avitailleur et un avion au premier plan. Photo : Tim Sheerman-Chase / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

Pour attribuer une part de ces budgets mondiaux à l’aviation, deux principes ont été essayés. Le premier est économique et s’appuie sur le poids de l’aviation civile dans le PIB mondial. Le second est éthique : il retient la part de l’aviation dans l’impact environnemental total de pays de référence, choisis selon des critères environnementaux et de développement humain.

Des analyses de cycle de vie ont ensuite servi à calculer les impacts de la production, de la distribution et de la combustion des carburants de chaque plan. Les chercheurs ont ainsi pu estimer, par exemple, l’eau douce nécessaire à chaque trajectoire et la comparer aux budgets alloués. Pour le climat, ils ont suivi la part du budget historique déjà consommée par l’aviation, c’est-à-dire ses émissions cumulées de gaz à effet de serre à ce jour.

  • L’aviation demeure dans son budget pour certaines limites planétaires.
  • Aucun plan étudié ne respecte toutes les limites en même temps.
  • Les budgets du changement climatique et de l’intégrité de la biosphère sont systématiquement dépassés, quel que soit le scénario.
  • Les stratégies les plus ambitieuses exigeraient beaucoup de ressources : électricité, biomasse, eau, terres agricoles et capacité de séquestration du carbone.

Garder la technologie, agir aussi sur la demande

Les auteurs ne proposent pas d’abandonner les pistes actuelles. Ils recommandent de maintenir les carburants alternatifs, l’amélioration de l’efficacité des avions, l’optimisation des opérations (manœuvres, essais) et les stratégies de compensation.

Pour se rapprocher d’une trajectoire durable, où toutes les limites planétaires seraient respectées ensemble, ils jugent nécessaire de compléter ces avancées techniques par une réflexion plus large sur les usages, en particulier des politiques de gestion de la demande de trafic aérien.

Photo : Wayne Jackson / Pexels