Environnement

En Thaïlande, les moines défient les bûcherons : « Ces arbres sont sacrés et intraitables », une technique qui divise autant qu’elle fascine le monde entier.

En Thaïlande, les moines défient les bûcherons : « Ces arbres sont sacrés et intraitables », une technique qui divise autant qu’elle fascine le monde entier.
Illustration de moines bouddhistes en Thaïlande ordonnant des arbres pour les protéger de la déforestation.
EN BREF
  • 🌳 En 2024, la Thaïlande a perdu 6 200 hectares de forêts à cause de l’activité économique.
  • 🧘‍♂️ Les moines bouddhistes ordonnent des arbres pour les protéger et les rendre sacrés.
  • ⚖️ Cette pratique s’aligne avec les enseignements du Bouddha et gagne du terrain dans d’autres pays.
  • 🌿 Les ordinations arboricoles sensibilisent la population à l’importance de préserver la nature.

La Thaïlande, pays aux paysages luxuriants, est aujourd’hui confrontée à une crise environnementale préoccupante. En 2024, elle a perdu 6 200 hectares de forêts en raison des pressions économiques, d’après Global Forest Watch. Alors que la couverture forestière représentait 53 % du pays dans les années 1960, elle a chuté à 38,8 % en 2022. Face à cette situation alarmante, certaines communautés bouddhistes ont adopté une approche originale pour sensibiliser à la préservation de la nature : l’ordination des arbres en tant que moines. Cette pratique singulière, qui puise dans les traditions spirituelles, vise à protéger les forêts en exploitant le profond respect des Thaïlandais pour le bouddhisme.

L’essor des ordinations arboricoles depuis les années 1980

Les ordinations d’arbres, initiées dans les années 1980, sont devenues une méthode emblématique de lutte contre la déforestation en Thaïlande. Ce rituel, où les arbres sont enveloppés de tissus orange safran, symbolise leur élévation au rang de moine. Cette pratique a été mise en place pour protéger les arbres les plus menacés, espérant dissuader les bûcherons de les abattre. En effet, les bouddhistes accordent un respect immense aux moines et à tout ce qui leur est associé. Comme l’explique Vénérable Dhamma Caro, le tissu orange drapé autour de l’arbre incarne la victoire de Bouddha et ses enseignements. Ainsi, en ordonnant les arbres, les moines cherchent à élever leur statut aux yeux de la population bouddhiste, renforçant ainsi leur protection.

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Alignement avec les enseignements bouddhistes

L’ordination des arbres s’intègre parfaitement aux enseignements du Bouddha. Vénérable Paisal Visalo, abbé de Wat Pasukato, souligne que cette pratique n’est pas en contradiction avec le développement moderne. Il reconnaît que la modernisation nécessite l’exploitation des ressources naturelles, mais insiste sur l’importance de trouver un équilibre. Depuis 1996, le gouvernement thaïlandais a même adopté cette approche, organisant des cérémonies pour protéger des groupes d’arbres. Cette initiative a également été reprise au Cambodge et au Sri Lanka. Pour les bouddhistes, la nature est intrinsèquement sacrée. Le Bouddha lui-même est né, a enseigné et est mort sous un arbre, soulignant ainsi l’importance spirituelle des forêts.

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Les implications sociales et environnementales

Ces ordinations arboricoles ont des répercussions profondes sur la société thaïlandaise. Elles sensibilisent les populations locales à la fragilité de leur environnement et à l’urgence de le préserver. En rendant les arbres « sacrés », cette pratique inspire un respect généralisé pour la nature et suscite un changement des mentalités. Toutefois, la question demeure quant à l’efficacité réelle de cette méthode face aux enjeux économiques qui continuent de menacer les forêts du pays. Malgré cela, le nombre croissant de fidèles participant à ces cérémonies témoigne d’une prise de conscience collective émergente. Les moines espèrent ainsi semer les graines d’une conservation durable de la nature.

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Un exemple à suivre pour d’autres nations

La Thaïlande, par l’intermédiaire de ses moines bouddhistes, présente une approche innovante et spirituelle pour combattre la déforestation. Cette méthode unique pourrait servir d’inspiration à d’autres pays confrontés à des défis environnementaux similaires. En intégrant des éléments culturels et religieux, l’ordination des arbres offre une solution qui va au-delà de la simple législation. Elle engage les communautés à respecter et à valoriser leur environnement immédiat. Cette initiative pourrait-elle être adaptée et adoptée ailleurs, en tenant compte des spécificités culturelles locales ?

La pratique des ordinations arboricoles en Thaïlande soulève des questions cruciales sur la manière de concilier spiritualité, tradition et conservation de l’environnement. Elle démontre qu’il est possible de mobiliser des valeurs culturelles profondes pour répondre à des défis contemporains. Alors que la déforestation continue de menacer les écosystèmes mondiaux, cette approche pourrait-elle être un modèle viable pour d’autres pays cherchant à protéger leurs forêts tout en respectant leur identité culturelle ?

Cet article s’appuie sur des sources vérifiées et l’assistance de technologies éditoriales.
Gaspard ROUX

À propos de la signature

Gaspard ROUX

Gaspard Roux signe pour Innovant des explications sur l'intelligence artificielle, la robotique et l'automatisation. Rédacteur attaché à la clarté, il décompose les systèmes complexes en mécanismes compréhensibles. Il garde toujours un oeil sur les questions que ces outils posent au quotidien.